21/03/2011

Libye : "je me refuse à hurler avec les loups" par Ginette Hess Skandrani

 
 
-----Message d'origine-----
From: Xarlo
Sent: Monday, March 21, 2011 4:50 PM
To: xarlo@
Subject: Libye : "je me refuse à hurler avec les loups" par Ginette Hess Skandrani
 
Libye : je me refuse à hurler avec les loups
Ginette Hess  Skandrani
Jeudi 10 mars 2011
 
Je me refuse à  hurler bêtement avec les loups. L’Occident s’est  trouvé
un nouveau diable et accuse Kadhafi de tous les maux de la planète. Il  est
le pire des dictateurs, un nouveau Hitler, un boucher, un sanguinaire. On 
aura tout entendu. Il est sûr que ce n’est pas un démocrate, mais il est 
certainement moins pire que les Busch père et fils qui sont responsables de 
centaine de milliers de morts irakiens, ou les Netanayou, Sharon ou autres 
criminels israéliens qui ont massacré des milliers de Palestiniens.
Je  connais bien la Libye,  y ayant séjourné assez souvent. J’ai aimé ce
pays,  si différent des autres pays du Maghreb plus ou moins occidentalisés.
Aller en  Libye, c’était se dépolluer l’esprit, on avait l’impression d’
arriver sur une  autre planète. Pas de Mac do, pas de coca cola, pas d’
hypermarchés, peu de  banques, pas de pub à part des slogans anti-impérialistes et
quelques affiches  du Guide.  Mais si peu à côté de la Tunisie où la photo de
Ben Ali trônait  partout.
J’ai participé à plusieurs conférences : sur l’écologie, la paix et  le
désarmement, sur la Méditerranée, la démocratie directe, le colonialisme, le 
statut de la femme, le sionisme, etc.
J’ai également été invitée à des  remises du prix Kadhafi à des peuples
opprimés :  les Kanaks, les  Amérindiens, les enfants bosniaques etc.
J’ai assisté à des congrès de base  dans des quartiers de Tripoli ou sous
la tente dans le désert. J’ai visité  beaucoup d’endroits riches d’histoire
et de vestiges du passé. Sebratha et ses  fouilles, romaines, phéniciennes,
le magnifique site de Leptis Magna.
J’ai  rarement rencontré des touristes. La Libye est un pays qui hante
depuis de  nombreuses années la conscience des populations occidentales et le
nom de  Kadhafi a toujours suscité  au-delà de l’admiration  que lui portaient
tous les révolutionnaires de la planète, des réactions hostiles de tous
les  autres.
Très peu de sociétés et de dirigeants politiques ont autant occupé la 
scène médiatique et dans le même temps, sont aussi mal connus.
Mis à part le  nom de Kadhafi, la plupart des gens ignorent tout de l’
histoire de ce pays, de  sa population, de ses structures socio-économiques, de
la place de l’Islam dans  sa société et des enjeux politiques réels de ce
pays qui jouit au Maghreb d’une  importante position géostratégique, d’une
ouverture sur toute l’Afrique et qui  est au carrefour des relations
arabo-africaines. Les interventions médiatiques,  les dénonciations,  les analyses des
uns et des autres le montrent  bien.
J’ai aidé à organiser des rencontres de la jeunesse, des femmes des  cinq
continents. J’y ai croisé des tas de personnalités : Nelson Mendela, Ben 
Bellah, Laurent Désiré Kabila (avant son accession au pouvoir), Chavez (pas 
encore président), Museveni etc. que je n’aurais certainement pu rencontrer 
nulle part ailleurs.
J’y ai surtout été quand la Libye était sous embargo à  partir de 1990 et c’
était toute une aventure pour y arriver. Il fallait prendre  un avion pour
la Tunisie. Arriver à Djerba et continuer en voiture en passant  par Ben
Gardane, passer la frontière et remonter par le désert jusqu’à  Tripoli.  Mais
comme Ben Ali m’avait interdit le passage par la Tunisie, vu  que j’avais
dénoncé les tortures, il m’a fallu passer par Malte et faire la  traversée de
nuit,  sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte  libyenne. Il fallait
vraiment aimer ce pays et ce peuple pour accepter toutes  ces contraintes.
L’embargo était également terrible pour toute la jeunesse  libyenne qui
voyait à travers les paraboles toutes les jeunesses du monde  s’amuser,
voyager, alors qu’ils étaient prisonniers sur leur terre à cause de  l’embargo.
Ils en voulaient terriblement à l’Occident qui les pénalisait,   alors qu’ils
n’étaient pour rien dans les attentats qui étaient reprochés à  certains de
leurs dirigeants.
Quand Mouammar Kadhafi a commencé à faire des  compromis avec les USA pour
se libérer de cet embargo qui plombait son peuple,  j’ai compris son
attitude, mais je n’ai pas approuvé le fait  qu’il se soit  agenouillé devant les
impérialistes, alors qu’il passait son temps à dénoncer le  sionisme, le
colonialisme et également l’esclavage.  Il a aidé tant de  mouvements
révolutionnaires à se libérer : les Kanaks, les Basques, les  Irlandais, les
Amérindiens et également beaucoup d’Africains. Il a soutenu  Nelson Mandela et l’
ANC pendant toute la durée de l’apartheid.
Il avait  compris que les jeunes étaient prêts à se révolter, et certains l’
ont fait, il  savait  qu’il fallait qu’il lève cet embargo qui nuisait au
développement  de l’économie et à l’importation des technologies nouvelles,
comme en confinant  les Libyens sur leur terre.
J’ai beaucoup aimé le laboratoire d’essai de  l’implantation de la
démocratie directe dans toutes les régions. C’était quelque  chose d’innovant qui
aurait pu marcher. Tous les habitants d’un quartier, d’une  localité, d’une
région  participaient aux réunions qui devaient décider  d’un projet. J’ai
assisté à quelques débats qui étaient souvent très houleux et  très longs.
Ils pouvaient durer deux jours, jusqu’à ce qu’une décision  trouve  son
approbation.  Les secrétaires de séance transmettaient le  texte aux congrès
secondaires qui les faisaient remonter au congrès  général.
Ce que j’ai moins aimé c’est le contrôle qu’exerçaient les comités 
révolutionnaires qui étaient des super-flics,  qui dépendaient directement  de
Kadhafi et n’avaient de compte à rendre à personne d’autre.
J’ai arrêté  d’y aller lorsque l’embargo a été levé et que le congrès
général s’est précipité  dans les bras des USA. Dommage pour nous, nous avions
perdu un interlocuteur et  un grand soutien des peuples opprimés.
Kadhafi a toujours soutenu les  Palestiniens. Il était un des initiateurs
de l’association « Un seul Etat  démocratique en Israël Palestine ». Il a d’
ailleurs aidé à financer la  conférence de Lausanne.
Il a également aidé à la construction de l’Unité  Africaine et il était en
train de préparer les Etats Unis d’Afrique afin que les  ressources
africaines restent en Afrique.
Je garde une profonde admiration  pour le peuple libyen.
Je pense sincèrement  que Kadhafi a fait son  temps et qu’il doit laisser
la place à d’autres membres du congrès général qui  gère le pays. Vu ce qui s’
est passé dernièrement, il faudrait organiser une  réunion du congrès
général qui doit s’ouvrir également aux insurgés ainsi qu’à  tous les opposants.
Mais ce n’est pas à l’Otan, ni aux USA, ni aux Européens  ni à la Ligue
Arabe à décider qui doit ou ne doit pas gouverner la Libye. Que  Sarkozy qui a
reçu en grande pompe Mouammar Kadhafi parce qu’il voulait lui  fourguer des
Rafales et une centrale nucléaire, mais surtout pour l’entraîner  dans l’
Union Pour La Méditerranée afin d’y faire accepter Israël  dont les  pays
arabes ne voulaient pas, se permette tout à coup de prôner une intervention 
militaire, me semble aberrant et surtout stupide à brève échéance.
Tous ceux  qui appellent à cette couverture aérienne qu’ils ont surnommée
faussement  humanitaire, ou demandent l’aide des Américains pour déloger le
guide, devraient  se souvenir de ce qu’a donné l’aide américaine à l’Irak.
Le peuple irakien a  régressé de dix ans et  est encore toujours en train de
payer l’invasion de  son pays alors que d’autres lui pompent son pétrole. N’
oublions pas que la Libye  attire également tous les rapaces de l’or noir.
Nous n’avons pas à nous  ingérer dans la politique Libyenne, et il est
probable qu'une intervention armée  ne ramènerait nullement le calme. En effet,
la particularité de ce pays est son  fonctionnement tribal. Trois régions se
disputent le contrôle du pays: la  Tripolitaine, avec 2 millions
d'habitants sur plus de 6 millions; la Cyrénaïque,  actuellement insurgée, forte de 2
millions d'habitants aussi; elle a des  tendances islamistes et
sécessionnistes. Enfin le sud, dépeuplé, désertique, la  province de Fezzan, qui prête
actuellement main forte à la Cyrénaïque.
Si  l'on s'en tient à l'intérêt immédiat de l'Occident, le maintien du
régime de  Kadhafi est de loin une garantie de stabilité des prix du pétrole et
du contrôle  de l'émigration. Toute intervention favoriserait au contraire
la balkanisation  de tout le pays, l'instabilité et la radicalisation. Au
départ, les USA  espéraient prendre rapidement le contrôle de tout le pays, à
la faveur d'un  renversement du pouvoir à l'égyptienne. Il semble bien que
dans le cadre de ce  plan ils aient commencé par armer les opposants, tandis
que les mercenaires de 
Blackwater s'infiltraient dans la place pour organiser des massacres que
les  media pourraient présenter comme des initiatives sanguinaires de  Khadafi.
Mais c'est d'ores et déjà une opération ratée, où les USA ont montré  le
degré de désinformation qui est celui de la classe dirigeante. Et le risque 
pour eux est réel que se constitue un front de la jeunesse contre Israël et
les  USA. Est-ce que les USA pourront reprendre le contrôle de la Lybie  pour
en  faire une base de reconquête tant des pays arabes que de l'Afrique
noire? Pour  l'instant, l''insurrection est en phase de repli, et se plaint
amèrement de ne  pas avoir reçu les soutiens promis à temps pour résister. 
Mouammar  Kadhafi  n’a pas plié  et continue à résister, malgré toutes les 
pressions et les menaces.
Actuellement, seul le machiavélisme israélien a  intérêt à une franche
intervention US par le biais de l'OTAN, dans l'idée que  toute situation
chaotique lui convient mieux qu'un régime instruit par  l'expérience, et qui
pourrait relancer la constitution d'un grand front régional  uni contre Israël.
Il faut souligner l'habileté actuelle du guide de la  Jamrhiya, qui insiste
sur les traités conclus avec chacun des pays de l'Otan et  avec Israël, en
brandissant le chantage à l'invasion migratoire, à  l'islamisation, et à la
hausse des prix du pétrole. Il multiplie les  interventions télévisées afin
de rappeler à l'Occident la diversité des menaces  qu'il peut faire peser
sur leurs intérêts, et il est bon de rappeler aussi qu'il  a tout d'abord pris
le pouvoir sous la bannière des idéaux de Nasser, et avait  dans une
première étape nationalisé le pétrole (la Lybie est le pays qui tire le  plus de
bénéfices per capita de ses ressources pétrolières).
Espérons que,  s'il parvient à reprendre la situation en main, il sache
favoriser l'émergence  d'un successeur capable de reconquérir l'opinion de la
jeunesse avec de réelles  ouvertures démocratiques, en rompant certaines
alliances funestes, et en  renouant avec l'anti-impérialisme, pan arabe et
panafricain.
Paris, 10 mars  2011
 
 
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Guk hautatzen ditugu gure kateak  (kadenak)
Il n'y a de chaînes que celles que nous nous imposons
No hay  otras cadenas que las que aceptamos
 
 
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20:24 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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