23/04/2008

23/04/2008: Etats-Unis :: Ces élections coûteront plus de deux milliards de dollars: dans Solidaire)...

Etats-Unis :: Ces élections coûteront plus de deux milliards de dollars

Tom Ronse vit et travaille depuis presque trente ans aux états-Unis comme correspondant pour des journaux néerlandophones. Nous lui avons demandé son avis sur les élections présidentielles.

Mark Kennes

 

Entre les programmes d’Obama et de Clinton, il existe plus de subtiles nuances que de grosses différences. Obama va probablement gagner, pas avec son programme mais avec son image. 

Tom Ronse vit à New York. Depuis 1980, il a été correspondant pour le journal De Morgen et a écrit notamment dans les magazines Knack et Humo.

Il existe une sérieuse chance que le prochain président des Etats-Unis ne soit pas un homme blanc. Peut-on parler d’une campagne historique ?
Tom Ronse. Le fait que le parti qui a le plus de chances d’envoyer son candidat à la Maison Blanche lancera soit un Noir, soit une femme comme candidat démontre que quelque chose a changé. C’est en soi positif, mais je doute que cela se traduise dans la politique menée. C’est pourquoi je n’utiliserais pas les mots « historique » ou « rupture de style »

La lutte aiguë entre Barack Obama et Hilary Clinton n’est pas encore terminée. En quoi se différencient leur programme ?
    Tom Ronse.
Ce sont tous les deux des candidats modérés au centre du Parti Démocrate. Entre les deux programmes – dans la mesure où ils sont déjà clairs – il existe plus de subtiles nuances que de vraies différences. Obama va probablement gagner, pas avec son programme mais plutôt grâce à son image. C’est donc dans son intérêt de rester aussi vague que possible pour ratisser le plus large possible.
 
Obama a l’image d’un orateur inspiré, mais s’il ne parle pas de son programme, de quoi parle-t-il ?
    Tom Ronse.
Les thèmes récurrents d’Obama sont le changement et l’espoir. Avec ça, il touche une corde sensible de la population américaine, où désespoir et mécontentement sont bien présents. Cela explique son succès actuel : un sondage récent révélait que quatre-vingt pourcent de la population trouve que le pays est sur la mauvaise voie.    

A combien évaluez-vous les chances du candidat républicain John McCain?
    Tom Ronse
. McCain a été huit années durant le grand opposant de Bush. Il a pris dans plusieurs dossiers un autre point de vue que la plupart des Républicains. Comme sur la question des impôts, la chasse aux immigrés et l’utilisation de la torture. McCain n’appartient pas à l’establishment du parti républicain. Il rend furieuse l’aile droite du parti, qui semble ne pas comprendre qu’il est leur seule chance de gagner. Vu qu’il est clair que ce sera cette année un candidat anti-Bush qui sera élu, les Républicains n’ont pas d’autre choix que de mettre un « anti-Bush » en avant.

La guerre en Irak est-elle un thème important de la campagne ?
    Tom Ronse.
C’est surprenant, mais en fait pas tellement. L’année passée, la guerre en Irak était encore un thème majeur mais elle l’est beaucoup moins maintenant. Selon moi c’est parce que l’envoi de troupes supplémentaires l’an passé a été dépeint comme un grand succès. Cela vit encore mais plutôt en arrière-fond. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi les Démocrates dans le mauvais contexte économique actuel ne parlent pas du coût de la guerre. Qui a coûté au bas mot plus de mille milliards de dollars.

Que disent les candidats de la crise économique et du fait que des milliers de gens sont expulsés de leur maison ?
    Tom Ronse.
La crise des hypothèques a naturellement eu un écho dans la campagne, mais il n’y a pas vraiment de différence à ce sujet entre les programmes des Démocrates et des Républicains. Les deux partis ont approuvé un paquet de mesures au Congrès, qui permettent à chaque citoyen de retoucher un peu d’argent des impôts. Ce n’est rien de plus qu’une goutte d’eau sur une plaque chaude. Tout le monde sait que l’économie américaine vit depuis des années au-dessus de ses moyens et que le budget et le déficit actuels sont intenables. Le prochain président devra sérieusement s’attaquer à ces problèmes, mais pas un seul candidat n’ose dire qu’il augmentera les impôts.

Les politiciens américains se plaisent à considérer leur pays comme le plus démocratique au monde. Vous dites que les USA sont plutôt la preuve que « démocratie et totalitarisme ne sont pas incompatibles ». Qu’entendez-vous par là ?
    Tom Ronse.
Il est exact qu’il existe aux USA des libertés que beaucoup de pays ne connaissent pas. Bush a cependant montré que ces libertés sont relatives. Son gouvernement a pu par exemple espionner toute la population sans aucune forme de contrôle et enfermer des milliers de gens sans aucune forme de procès ou sans qu’on sache où ni pourquoi. Guantanamo en est l’exemple le plus connu.
    On peut aussi se poser de sérieuses questions sur le processus électoral. Pour gagner une telle campagne ou pour pouvoir y participer d’une façon crédible, il faut énormément d’argent. Ces élections coûteront plus de deux milliards de dollars. Pour avoir cet argent, le soutien des entreprises est incontournable. Ce sont dès lors seulement les candidats des deux grands partis qui ont une chance.

Certains Européens osent parfois traiter les Américains de stupides et mal informés. Qu’en pensez-vous ?
    Tom Ronse.
Je ne pense pas que les Américains soient beaucoup plus stupides ou plus malins que les Belges. Ce qui frappe, c’est qu’il règne parmi la population américaine un beaucoup plus grand désintérêt politique. Environ la moitié de la population ne suit pas les élections et n’y participe pas. Est-ce une expression de bêtise ou d’illumination, à vous de voir.

Vous dites qu’une grande partie de la population se désintéresse de la politique, mais Obama a pourtant réussi à mobiliser beaucoup de nouveaux électeurs pour les élections primaires ?
    Tom Ronse.
L’intérêt est effectivement beaucoup plus grand qu’il y a quatre ou huit ans. Je pense que c’est dû à la grande soif de changement qui vit parmi la population. Ces élections ne concernent pas seulement l’économie et la guerre, mais aussi l’image des Etats-Unis à l’étranger. Cette image s’améliorerait beaucoup avec Obama comme président. Je ne dis pas que cette amélioration serait correcte, mais c’est un fait que l’image des USA progresserait beaucoup. C’est d’ailleurs aussi l’estimation que font beaucoup de multinationales. Vous ne devez certainement pas croire qu’Obama ne serait pas apprécié par le monde des entreprises.

19:40 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Romain | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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