30/01/2008

« La fillette se cognait la tête au mur… »

Politique d’asile :: Un psychologue témoigne

Pour Benoit Degryse (Médecins sans frontières - MSF), les enfants souffrent de leur enfermement. Le contraire de ce que prétendent les médecins des centres fermés.

Riet Dhont
19-09-2007

L’affaire Angelica, la petite Équatorienne de 11 ans enfermée un mois durant au centre fermé 127bis, est encore dans les mémoires. Finalement, Angelica et sa mère ont été libérées, sur base de rapports concernant des problèmes psychiques provoqués chez Angelica par son incarcération dans un centre fermé. Cette libération a suscité bien des remous. En attendant, la famille doit à nouveau comparaître le 18 septembre, vu qu’il y a eu appel contre cette libération.

 

Le médecin du centre fermé 127bis, Frederic Maes, expliquait le 9 août dans le journal médical De Huisarts : « Je vois ici beaucoup d’enfants heureux et, depuis sept mois que je travaille ici, je n’ai pas encore vu un seul enfant avec de gros problèmes psychiques. » À cela, la responsable de la communication de Médecins sans frontières, Veerle Dupont, a réagi dans De Standaard par un très remarquable billet d’humeur intitulé : « Comment ça, heureux au 127bis ? »

Benoit Degryse : « Les personnes détenues dans les centres fermés sont confrontées à un stress très lourd. » (Photo Solidaire, Riet Dhont)

- Cliquez sur la photo pour l'agrandir -


Nous sommes allés éclairer notre lanterne auprès de Benoit Degryse, psychologue pour MSF. Depuis deux ans, MSF a lancé un projet « centres fermés ». Médecins et psychologues s’engagent à répondre dans ce centre aux besoins médicaux et psychologiques spécifiques des détenus.

 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet « centres fermés » ?

Benoit Degryse. Le droit à la santé, même si vous vous sentez bien dans votre peau, est un droit fondamental. Mais, dans les centres fermés, ces services ne sont absolument pas optimaux. Il y a un manque de consultations et une absence de confiance entre les personnes incarcérées et les thérapeutes. Un réfugié qui ne se sent pas bien doit d’abord le dire au gardien. Ce n’est qu’alors qu’il reçoit la permission de voir un infirmier. Et c’est l’infirmier qui, ensuite, décide si on peut autoriser une visite auprès du médecin du centre. Consulter un avocat est tout aussi malaisé. Avant de pouvoir le faire, le réfugié doit d’abord faire des petits boulots pour avoir un peu d’argent.

 

Estimez-vous exagérées, vous aussi, ces histoires de problèmes psychologiques ?

Benoit Degryse. Non, sûrement pas. Il y a des tas d’histoires dramatiques, trop pour les énumérer. Au début de cette année, on a par exemple demandé à l’un de mes confrères de venir au 127bis pour donner une consultation à une mère tchétchène de quatre enfants. La fillette de trois ans se cognait la tête au mur, se laissait tomber régulièrement par terre et était agressive avec sa mère. Malgré la requête de libération, étayée par ce problème psychologique, la famille a froidement été expulsée au bout de 34 jours.

 

Visiblement, le coût humain de la politique d’expulsion du gouvernement est très lourd…

Benoit Degryse. Les gens dans les centres sont confrontés à un stress très lourd et à une immense incertitude. Ils doivent combattre un stress chronique. Toute la journée, ils n’ont rien d’autre à faire que de réfléchir à leurs problèmes et à leur avenir fait d’incertitude. Ainsi, les réfugiés sont détenus entre deux et trois mois, certains sans raison, pour être ensuite libérés brusquement, parce qu’ils ne peuvent être expulsés… Sur base de ces problèmes psychologiques et médiaux, nous essayons de libérer les gens des centres. Mais c’est très difficile.

10:58 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.