30/01/2008

BELGIQUE: « On me réclame 3000 euros pour l'expulsion de mon mari »...

Charleroi :: Une maman séparée de son bébé et de son mari

En 2001, Nathalie rencontre Sarbjit. Il est d’origine indienne et n’a pas de papiers. Ils vivent ensemble pendant près de cinq ans et décident de se marier. En juillet 2007, tout bascule.

Myriam De Ly
30-01-2008

Nathalie Tonani. « Sarbjit était mon associé dans la société. Nous avions entamé les démarches pour nous marier. Il nous manquait encore deux certificats, un de son ambassade et un de mon divorce, qui tardait à arriver. Début juillet, Sarbjit a été arrêté et enmené au centre fermé de Vottem pendant presque trois mois. Chaque jour, j’allais le voir. Après, il a été expulsé. Je suis alors partie pour l’Inde. On s’est marié là-bas. J’étais enceinte, j’ai eu une petite fille, Kimberley, qui est née là-bas. Je suis toujours obligée de revenir en Belgique, de faire l’aller-retour, parce que j’ai aussi un fils et mon travail ici. Je suis tout le temps déchirée entre mon enfant en Belgique et ma petite fille en Inde. Au mois d’août, je n’ai pas pu l’approcher pendant la première semaine de mon séjour. Elle se détournait de moi. C’était très douloureux. Elle me manque terriblement. Le soir je m’endors avec ses photos. En tout, j’ai vu ma fille pendant quatre mois, alors qu’elle va avoir un an. »

 

 

Pourquoi ne peux-tu pas ramener ta fille et ton mari en Belgique ?

Nathalie Tonani. « On refuse les visas ; le juge prétend qu’il s’agit d’un mariage blanc. Alors que j’ai un enfant, que j’avais déjà été enceinte deux fois avant, que j’avais aussi été dans la famille de Sarbjit en Inde avant l’expulsion. Je suis partie pour la première fois en août 2005 et j’y suis restée plus de 3 semaines. J’étais partie avec mon fils et ma filleule. Nous avons été bien accueillis. Nous nous sommes bien intégrés et nous faisions partie de la famille à part entière. Puis pour le mariage, je suis repartie avec ma maman et mon fils Corentin car je voulais qu’il participe à cet événement. On avait prévu de se marier ici et de faire la fête là-bas en Inde. Maintenant nous ferons l’inverse dés que mon mari et ma fille seront rentrés. Nous fêterons leur arrivée, le mariage, la naissance, le baptême ainsi que la communion de mon fils qui a eu lieu en mai 2007 mais que nous n’avons pas pu fêter puisque mon mari, qui est pour lui comme son père, était absent. Mon fils Corentin vit mal la séparation et il n’a plus rien fait pour l’école depuis.

On ne reconnaît pas notre mariage ici. A la commune, c’est le paradoxe. D’un côté, sur ma carte d’identité, il est bien inscrit que je suis mariée, il y a le nom de mon mari. C’était le même sur la carte pour aller voter. Mais à l’état civil, on refuse de me donner le livret de mariage, le certificat de mariage. Suite au rapport du juge, on me dit que le mariage n’est pas reconnu, parce que j’ai épousé une personne d’origine étrangère, qui a été expulsée de Belgique. »

 

Comment vis-tu tout cela ?

Nathalie Tonani. « Très mal. Mon mari aussi va mal ; mon fils, qui est très attaché à lui, aussi. On se téléphone tous les jours mais ce n’est pas la même chose que vivre ensemble. Je ne pense qu’à leur retour. Ma petite fille est élevée maintenant par ma belle-sœur, j’aurai tout à construire avec elle. Et avec mon mari aussi il faudra reconstruire notre relation puisque j’en suis séparée depuis 15 mois. 

Tout ce que je peux dire, c’est que si j’avais la possibilité qu’on puisse vivre heureux et avoir une vie de famille normale, comme tout les gens qui sont mariés, j’abandonnerais tout ici et je partirais là-bas avec mon fils et ma maman et nous pourrions tous vivre ensemble. Mon souhait bien sûr est qu’on puisse vivre normalement ici. J’ai besoin de mon mari et ma fille comme eux ont besoin de nous. J’ai raté tous les moments les plus importants de la vie de ma fille comme ses premières dents, ses premiers mots, ses premiers pas, ses sourires, ses joies et ses peines… et surtout être la pour elle comme je devrais l’être : la laver, la nourrir, la câliner et l’aimer comme une mère aime son enfant. On s’aime vraiment. »

 

 Comble de cynisme, on veut aussi te faire payer les frais d’expulsion et de l’enfermement de ton mari…

Nathalie Tonani. « On me réclame 1300 ¤ pour l’expulsion par avion et 40 ¤ par jour pour l’enfermement à Vottem, soit plus de 3000 ¤. J’ai écrit que je ne pouvais pas payer cette somme. J’ai dû puiser dans mes réserves pour mes visites en Inde et j’ai eu de sérieux problèmes de santé qui m’ont empêché de travailler. Cette semaine, j’ai reçu un recommandé : on menace de m’envoyer un huissier. Je ne refuse pas de payer bien que je ne trouve pas cela juste mais je dis que je paierai quand ils seront rentrés.

14:28 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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