13/10/2011

PEINE DE MORT. Le combat pour la vie d'un enfant d'exécutés

 
From: Hess MaJuliusRosenberg7deleine
Sent: Tuesday, October 11, 2011 6:38 PM
 
Subject: Tr : PEINE DE MORT. Le combat pour la vie d'un enfant d'exécutés
 


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De : Le Brasier <le.brasier@...>
À : Djamal Benmerad <le.brasier@...>
Envoyé le : Mardi 11 Octobre 2011 17h10
Objet : PEINE DE MORT. Le combat pour la vie d'un enfant d'exécutés

PEINE DE MORT. Le combat pour la vie d'un enfant d'exécutés

par Sarah Halifa-Legrand - Publié le 10-10-11    

Robert Meeropol avait six ans quand ses deux parents, Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS le secret de la bombe atomique américaine, ont été exécutés. Interview par Sarah Halifa-Legrand

 A New York Julius (à droite, 1918-53) et Ethel Rosenberg (à gauche, 1915-53) dans une voiture de police en 1953 quelques heures avant leur exécution pour espionnage. (AFP)
 
Vous aviez six ans quand vos deux parents, Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS le secret de la bombe atomique américaine, ont été exécutés en 1953. Comment avez-vous réagi à cette sentence ?
- Je n’ai pas compris ce qui se passait. Je sentais que de puissantes forces avaient emporté mes parents, sans pouvoir définir quelles étaient ces forces. J'avais peur qu'elles m’emportent moi aussi, et j'ai donc essayé de me faire le plus discret possible. J'étais submergé par un sentiment d’anxiété généralisée. Pendant la dernière semaine d’existence de mes parents, la justice a sursis à leur exécution, mais elle est revenue sur sa décision lors d’un nouveau jugement, et ils furent exécutés. Je me souviens de ces épisodes. J'ai cru, au premier jugement, qu’il avait été demandé à leur avocat de donner dix raisons justifiant qu’ils soient épargnés. Au deuxième jugement, j’ai cru qu’il lui avait été demandé de donner une onzième raison, ce dont il s’était révélé incapable, et que c’est ce qui avait condamné mes parents à être exécutés. Ces interprétations fantaisistes montrent que si je ne comprenais pas le détail de la procédure légale, j’en saisissais néanmoins l’essence.
 
Avez-vous toujours été contre la peine de mort ? N’avez-vous jamais rêvé de voir les bourreaux de vos parents subir le même sort qu’eux ?
- Enfant, on m’a dit, et j’y ai cru, que mes parents étaient totalement innocents. Je considérais ceux qui les avaient tués comme des meurtriers. Adolescent, j’ai même imaginé les venger moi-même. Ce n’est qu’une fois trentenaire, dans les années 80, alors que je prenais des cours de droit, que j’ai réalisé combien l’administration gouvernementale pouvait être faillible, et que, de ce fait, il était inévitable que des innocents soient tués. C’est depuis ce moment là que je suis contre la peine de mort. En 1990, j’ai fondé la "Rosenberg Fund for Children" pour aider les enfants de militants américains qui avaient des ennuis du fait de leur activisme. C’est ce qui m’a permis de surmonter ma haine, ça a été une revanche constructive, dans le sens où elle m’a permis de convertir la destruction qui s’était abattue sur ma famille en une énergie positive.
 
Vous avez, du fait de votre histoire, un point de vue très particulier sur la peine de mort, puisque vous travaillez sur ses conséquences sur la vie des enfants des personnes exécutées. Quels sont les principaux problèmes auxquels ils sont confrontés ?
- Personne ne fait attention à eux. Nous savons qu’il y a environ 3.250 prisonniers dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis. Mais nous ne savons pas combien d’enfants attendent de voir un membre direct de leur famille exécuté. Il n’y jamais eu d’étude systématique sur les conséquences de la peine de mort sur les enfants des personnes exécutées. On sait que c’est une expérience terrifiante pour un enfant, mais on n’en sait pas vraiment plus. Répondre à ces questions nous ferait considérablement avancer, mais, malheureusement, comme personne n’y prête attention, nous en sommes incapables.
 
Coupables ou non (la controverse à ce sujet est-elle enterrée ?), vos parents ont été exécutés pour conspiration en vue d’acte d’espionnage sur un dossier ultra sensible – la bombe atomique –, à un moment très particulier de l’histoire américaine en plein maccarthysme. Pensez-vous que les Etats-Unis ont tiré les leçons de cette tragédie ?
- Mon père a bel et bien aidé l’URSS dans les années 1940, mais cela n’avait rien à voir avec le secret de la bombe atomique. Ma mère n’était pas une espionne, et le gouvernement américain le savait. Aucun de mes parents n’a commis le crime pour lequel ils ont été exécutés, et je pense que ma mère n’a été coupable que d’avoir été l’épouse de son mari. Les Américains ont appris que la peine de mort pouvait mener à l'exécution d'innocents, mais ils n’ont pas encore pris la mesure de ce constat : si on laisse au gouvernement le pouvoir de vie et de mort sur ses citoyens, il peut l’utiliser à des fins politiques.
 
Comment avez-vous réagi à l’exécution de Troy Davis ?
- C’est effroyable qu’une personne puisse être exécutée alors que sa culpabilité n’est absolument pas avérée. Ce qu'il a vécu ces dernières années - les "presque exécutions" à répétition, suivies de sursis accordés à la dernière minute, et qui ont culminé lors du dernier sursis suivi, lui, de son exécution -, qui peut douter qu'il ne s'agisse pas là d'actes de torture ?
 
Au moment où nous célébrons les 30 ans de l'abolition de la peine de mort en France, comment expliquez-vous que la peine capitale existe encore aux Etats-Unis ? Qu’est-ce que cela dit de votre pays ?
- La peine de mort fait partie d’une culture américaine de la violence. Aucun pays au monde n’a utilisé la violence avec autant de succès ces deux derniers siècles. Qu’il s’agisse de l’élimination des Indiens d’Amérique, de l’esclavage, des nombreuses guerres que nous avons menées ou du fait que nous ayons une présence militaire aux quatre coins de la planète. Trop de monde pense que tuer permet de résoudre ses problèmes, alors que cela ne les fait en réalité qu’empirer. Cependant, le soutien à la peine de mort va diminuant. Il faut s’en réjouir.
 
De plus en plus de pays rallient, progressivement, le camp des abolitionnistes. Mais pourquoi le mouvement est-il si lent ?
- Je vois deux raisons. D’abord, ce peut être le fait de l’instinct naturel de l’homme pour la revanche, qui peut être difficile à surmonter. Ensuite, les gouvernements sont très réfractaires à l’idée d’abandonner le pouvoir que leur confère la peine de mort.
 
La prison à vie est-elle la bonne alternative à la peine de mort ?
- La perpétuité sans la possibilité de s’exprimer n’est pas la solution. C’est un pas dans la bonne direction, car, au moins, cela donne aux personnes condamnées à tort une chance pour démontrer leur innocence et être remises en liberté. Mais nous devons regarder chaque cas individuellement. Si un prisonnier ne représente plus une menace pour la société et s’il peut y être réinséré, ce serait une erreur de le laisser en prison indéfiniment. Je crois que toute peine de prison devrait faire preuve de respect pour les droits de l'homme. Cela doit être accordé à tous les hommes, qu’ils soient coupables ou non.
Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand
(Le samedi 8 octobre 2011)
> sur le site du Rosenberg Found for Children, une page est consacrée à l'affaire Rosenberg.
>Robert Meeropol sera à Paris mercredi 12 octobre, où il doit assister à une table ronde sur la peine de mort à l'invitation de la FIDH.